Jeux français: une privatisation pour rien?

Jeux français: une privatisation pour rien?


La privatisation signifie généralement réduire la périphérie de l'État et accroître la productivité. Excellente nouvelle en ces temps de toute-puissance administrative et d'enregistrement des dépenses publiques.

Ne devrions-nous pas nous réjouir que le gouvernement vende ses avoirs aux Jeux français (FDJ)? Tout le monde conviendra que ce n’est probablement pas le rôle des fonctionnaires de s'occuper des loteries, des jeux de grattage et des autres paris sportifs.

Alors que l'appel populaire à l'économie de la société a été un grand succès ces derniers jours, la privatisation du bail de jeu français en vue de créer un fonds pour l'innovation perturbatrice montre toutefois l'incapacité de l'État à mener à bien une véritable délinquance. Cette privatisation souffre de nombreux défauts pouvant lui faire perdre tout intérêt.

Privatisation du leasing monopolistique

Pourquoi privatiser? Responsabiliser les actionnaires, encourager la compétitivité par la menace de la concurrence, encourager l'innovation et la qualité des services pour rester opérationnel, les avantages d'une économie de marché sont nombreux pour les consommateurs. Aucun Français ne veut revenir aux monopoles de France Télécom ou d’Air Inter.

Une bonne privatisation implique une concurrence ouverte. Toutefois, la FDJ détient le monopole de la loterie et des jeux de grattage, ainsi que des paris sportifs sur la distribution physique. Un privilège qui ne disparaît pas et que l'entreprise verse 380 millions d'euros à l'État. La loi sur le pacte garantit un quart de siècle jusqu'en 2044.

Le maintien d'obstacles réglementaires aux nouveaux entrants risque de maintenir un loyer légitime pour tous ceux qui bénéficient des activités de la FDJ au détriment des consommateurs de jeux d'argent.

Privatisation partielle pour un État qui garde le contrôle

Le gouvernement veut réduire sa participation de 72% à environ 20% dans la FDJ. Il s’agit donc d’une privatisation très partielle, l’État étant toujours le premier actionnaire.

20% des actions, mais près de 30% des droits de vote, ce qu’il faut peser en assemblée générale. Bercy, le ministère de tutelle, restera responsable grâce aux normes contraignantes de la FDJ imposées par l'État. Il continuera à approuver les dirigeants de la société et à contrôler plus de 10% des acquisitions éventuelles. Un nouveau principe national des jouets sera créé à cette occasion.

La dernière controverse avec la nomination de Raphaële Rabatel, épouse du député de LREM, Gilles Le Gendre, au poste de directrice de la communication de la FDJ, peu après le vote sur la privatisation en avril dernier, montre le risque de corruption et de capitalisme.

La FDJ est également un puissant électorat. Le financement des activités sportives coûte près de 90 millions d’euros par an, grâce à une participation dans les paris et les jeux pourOrganisation nationale de sport. La FDJ affirme avoir investi 5 milliards d'euros dans les infrastructures sportives pendant 40 ans et soutenu la candidature de la ville de Paris aux Jeux olympiques de 2024.

La FDJ finance également environ 785 millions d'euros par an dans le réseau très dense de 30 000 détaillants. Avec le puissant lobby du tabac et la désertification de la campagne, le réseau territorial de la FDJ, source d'activité et de vie rurale dans la campagne française, ne peut guère être remis en question de la stratégie de la société.

Avec un État qui reste sous contrôle, la privatisation perd son avantage. La FDJ continuera de faire face aux pressions exercées par les élections gouvernementales, les intérêts politiques et les groupes d’intérêts, ce qui limitera sa marge de manœuvre dans l’élaboration de sa stratégie commerciale.

La FDJ, la vache d'état depuis cinq siècles

Autrefois loterie nationale, le monopole de la FDJ découle d'un décret du roi François A du 21 mai 1539. Comme toujours, le jeu est une manne pour l'administration, qui considère qu'une excellente forme de taxation est extrêmement indolore.

Privatisation ou non, cela ne devrait pas changer. La FDJ paye 22% de ses prêts à l'État, soit 3,5 milliards d'euros en 2018. À titre de comparaison, ce montant annuel est bien supérieur aux 2 milliards d'euros que le gouvernement transférera de ses actions. Une taxe élevée dont l'impact affecte à la fois le prix des jouets pour les consommateurs et les dividendes des actionnaires.

Une privatisation pour rien?

Le produit de la vente de fonds ne sera utilisé que partiellement pour réduire la dette et certainement pas pour réduire les impôts, car on s'attend à ce qu'ils regorgent d'un "fonds d'innovation désorganisé". Ce dernier sera destiné à investir dans des projets tels que l'informatique quantique ou l'intelligence artificielle. Le poids de statut ne sera pas réduit dans ce mode.

Dans ces circonstances, le gouvernement pourrait réussir à supprimer une grande partie de l'utilité des privatisations pour les consommateurs, les contribuables et les actionnaires.

L'État est en train de privatiser légalement un loyer, qui continuera à fonctionner rapidement tout en conservant le contrôle. Le résultat de la cession ne réduira pas le fardeau fiscal et ne contribuera pas à rétablir l'équilibre des comptes publics, mais risque de nuire aux projets futurs. Décidément, les dés de cette privatisation ont l'air bien et vraiment superposés.

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(*) Ce texte a été écrit à partir d'une étude plus vaste, disponible ici.



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